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Face aux critiques étrangères, le Japon veut un banquier central hardi

Tandis que le risque de "guerre monétaire" préoccupe à Moscou les grands argentiers du G20, à Tokyo le Premier ministre cherche un gouverneur de banque centrale capable de défendre avec conviction la politique monétaire nippone à l'origine de ces inquiétudes.

"Pour les postes du gouverneur de la Banque du Japon et de ses adjoints, il faut des personnalités qui comprennent ma ligne de pensée sur la politique monétaire afin d'en finir avec la déflation", a d'emblée posé comme condition le chef du gouvernement japonais, Shinzo Abe.

Et d'ajouter que la personnalité idéale doit "avoir la capacité de s'exprimer à l'étranger".

C'est lui, M. Abe, qui proposera un nom pour succéder à l'actuel gouverneur, Masaaki Shirakawa, contraire du profil recherché.

L'intéressé le sait d'ailleurs, puisqu'il a lui-même offert de quitter son poste trois semaines avant le terme légal de son mandat, soit le 19 mars au lieu du 8 avril, en même temps que ses deux adjoints. Et ce pour laisser la place libre à un trio plus en phase avec le chef du gouvernement.

"Il est clair que, jusqu'à présent, la Banque du Japon a été trop passive vis-à-vis de la déflation" juge sur son blog le politologue Harukata Takenaka.

Même les concessions récemment accordées (objectif d'inflation de 2%, nouveau programme d'achat d'obligations d'Etat) l'ont été au forceps: "les vraies raisons de la baisse du yen qui se poursuit, ce sont les calculs sur la politique monétaire attendue du prochain gouverneur", selon M. Takenaka.

L'"obéissance" de la BoJ, pourtant statutairement indépendante du gouvernement, a déjà valu au Japon des reproches de la part de la chancelière allemande Angela Merkel et d'autres hauts responsables étrangers.

M. Abe et son ministre des Finances, Taro Aso, n'en démordent pas cependant: ils veulent que soit menée une "politique monétaire hardie" couplée à une "politique budgétaire active", et tant pis pour l'orthodoxie prônée ailleurs.

Une dizaine de noms circulent dans la presse pour remplacer M. Shirakawa: des profils de bureaucrates, comme l'ex-gouverneur-adjoint Toshiro Muto, des universitaires comme un autre ex-gouverneur-adjoint, Kazumasa Iwata, des hommes déjà à des postes internationaux, comme le patron de la Banque asiatique de développement (BAD), Haruhiko Kuroda, ou encore un ex-ministre connu du grand public, Heizo Takenaka, qui a officié sous les ordres du Premier ministre libéral Junichiro Koizumi (2001-2006).

"Il ne fait aucun doute que le choix du gouverneur aura un impact sur le gouvernement Abe", souligne le politologue Harukata Takenaka.

C'est que le patron du Parti Libéral-Démocrate (PLD, droite) doit non seulement proposer un nom qui remplisse ses propres conditions, mais qui en plus fasse consensus parmi son entourage et surtout reçoive l'onction des députés et sénateurs, comme le prévoit l'article 23 de la loi qui régit la banque centrale.

Or, c'est là que le bât blesse: la chambre basse est certes contrôlée par la formation de M. Abe qui y détient une majorité écrasante depuis les élections législatives du 16 décembre, mais la représentation au Sénat est éclatée entre de multiples mouvements sans qu'aucun domine réellement.

L'équation n'est pas simple pour M. Abe, mais le temps presse, car les acteurs des marchés ne détestent rien tant que l'incertitude.

Or, si le Premier ministre laisse l'impression de tergiverser, de chercher un compromis bancal et renonce à l'un de ses critères, la réaction risque d'être immédiate et sévère: un redécollage en trombe du yen et une dégringolade en flèche des valeurs à la Bourse de Tokyo.

Ce sera pire encore si son candidat est retoqué ou s'il prend trop de temps et laisse le poste de gouverneur vacant, comme ce fut le cas durant trois semaines en 2008.

Si bien que les spéculateurs veulent vite un nom, dès cette fin de semaine ou au début de la prochaine, avant le départ de M. Abe pour les Etats-Unis prévu le 21 février.

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Bruxelles espère 35 milliards d'euros par an de sa taxe sur les transactions

Le projet de taxe sur les transactions financières qui pourrait être adopté par onze Etats suscite déjà une levée de bouclier

La Commission européenne a dévoilé hier un projet de taxe sur les transactions financières renforcé par rapport à celui de 2011. Il servira de base de travail aux 11 Etats qui, faute d'accord à 27, ont décidé l'année dernière de mettre en oeuvre cette «taxe Tobin» dans le cadre d'une «coopération renforcée». Les banques et les assurances parlent déjà d'une mesure contre-productive.

Comme en 2011, la Commission souhaite taxer les échanges à 0,1% pour les actions et obligations et 0,01% pour les dérivés. La mesure toucherait toutes les transactions, dont l'une des parties est basée dans la zone de la taxe ou agit pour un client de cette zone. Soucieuse d'éviter tout contournement, Bruxelles a remanié son projet pour toucher aussi les échanges qui concernent un instrument émis dans l'un des 11 Etats en jeu (France, Allemagne, Italie, Espagne, Portugal, Belgique, Autriche, Slovénie, Slovaquie, Grèce, Estonie, représentant 60% du PIB européen).

La taxe s'appliquerait essentiellement aux transactions des institutions financières et non pas aux opérations quotidiennes des particuliers ou des entreprises (souscriptions de contrats d'assurance, etc). Les émissions primaires d'actions, d'obligations ou de parts d'OPCVM seraient exclues du champ de la taxe, tout comme la gestion de la dette publique par les Etats ou les opérations menées par la BCE et les fonds de secours européens.

La Commission évalue les recettes de la taxe entre 30 et 35 milliards d'euros par an. Elle ne dit pas si elle tient compte d'une possible baisse des volumes comme celle provoquée par la taxe française. Les Etats détermineront l'utilisation de cette hypothétique manne.

Bruxelles vise une entrée en vigueur dès le 1er janvier 2014. C'est très ambitieux car les 11 pays concernés doivent s'accorder à l'unanimité. Les autres Etats membres pourront aussi intervenir dans les débats, ce que la Grande-Bretagne et le Luxembourg ne devraient pas manquer de faire. Même les Etats-Unis s'inquiètent déjà pour leurs investisseurs, selon un porte-parole du Trésor cité par Bloomberg.

Les banques sont aussi montées au créneau. L'AFME, qui représente les plus grandes, s'insurge contre un «frein à la croissance». Deutsche Börse voit la taxe comme un «cadeau pour les places financières moins régulées et moins transparentes». L'association Insurance Europe, qui défend assureurs et réassureurs, soutient de son côté que les clients finaux seront les principales victimes de la taxe.

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L'Etat préfère promouvoir la BPI face au repli du capital-risque

Alors que la collecte des FIP et FCPI accuse un recul de 45% en cinq ans, la ministre Fleur Pellerin mise sur la Banque publique d’investissement

Le premier forum du «capital-innovation», le nouveau nom moins anxiogène du capital-risque, n'aura pas calmé les inquiétudes des acteurs du financement en fonds propres des PME. Les gestionnaires de fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI) et de fonds d'investissement de proximité (FIP) ont seulement collecté 646 millions d'euros en France l'an dernier, selon les chiffres dévoilés hier par l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic) et l'Association française de la gestion financière (AFG). Soit un recul de 15% sur un an et de 45% par rapport à 2008. Tous les indicateurs ont reculé: le nombre de sociétés de gestion, de nouveaux véhicules, de souscripteurs et le montant moyen de leur investissement.

«Une grande partie des fonds ont levé moins de 5 millions d'euros», s'est alarmé Pierre Bollon, directeur général délégué de l'AFG. «Il y a un danger de disparition d'équipes de capital-investissement en France», a renchéri Louis Godron, président de l'Afic qui souhaite une plus grande implication des investisseurs institutionnels.

Après les coups de rabot successifs aux avantages fiscaux de leurs clients, «les FIP et FCPI sont pérennisés pour cinq ans et soumis au plafonnement des niches fiscales» de 10.000 euros par foyer, s'est contentée de rappeler Fleur Pellerin, la ministre déléguée des PME, de l'innovation et de l'économique numérique, invitée de l'événement.

Après le Pacte de compétitivité de l'automne dernier, elle mise sur la Banque publique d'investissement (BPI) pour «supprimer ou alléger les verrous de financement» des start-up. Outre les nouveaux produits dévoilés mardi (préfinancement du crédit impôt recherche et prêts pour l'innovation), la ministre a rappelé la création d'un «fonds multisectoriel de 590 millions d'euros issu du redéploiement des investissements d'avenir».

Ce dispositif de financement en fonds propres fait partie de la réorientation de l'ex-grand emprunt, tout comme un fonds de soutien à l'innovation de rupture doté de 150 milions. Ce dernier sera bientôt lancé, a affirmé Fleur Pellerin sans donner plus de détails. La ministre a également prôné «un système boursier enfin efficace pour les PME» et indiqué qu'«un nouveau produit d'épargne de type PEA-PME est bel et bien sur les rails». Ce dernier répond aux attentes des gestionnaires mais l'AFG le réclame, en vain, depuis 2011.

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