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L’entreprise libérée : avant tout un regard positif sur le monde du travail

L’entreprise libérée offre des regards positifs sur l’homme, le travail, le patron, le manager et sur l’employeur. Une utopie ? On pourrait le croire s’il n’y avait pas des faits pour prouver le contraire.

Les entreprises libérées existent depuis 1958 et W.L. Gore, le fabricant de Goretex. La 1ère génération – allant du 5e assureur américain USAA au leader mondial du design IDEO, des industriels Semco au Brésil et FAVI en France au leader mondial de jouets Radica Games en Chine – a fait preuve d’une incroyable création de richesses humaines et, par conséquent, de richesses économiques, pendant des décennies. Depuis 2005, la 2e génération est apparue avec Poult, ChronoFlex, IMATech en France, le ministère belge de la Sécurité Sociale ou encore le géant indien de l’informatique HCL. Enfin, depuis 2012, la 3e génération d’entreprises libérées a constitué, surtout en France et en Belgique, un véritable mouvement avec Airbus, Decathlon, Kiabi, Michelin, le ministère belge des Transports, quelques caisses de la sécurité sociale française, et des centaines de PME. Il est trop tôt pour établir le bilan de cette dernière génération, mais comment expliquer cette multiplication d’entreprises libérées et surtout en France, pays peu connu pour son regard positif sur le travail ?

Libres et responsables

En 2009, dans un article académique pour le « California Management Review », j’avais introduit le concept d’entreprise libérée comme étant une forme organisationnelle dans laquelle la majorité de salariés sont totalement libres et responsables des actions qu’ils jugent meilleures pour l’entreprise.

C’est là une définition philosophique, qui n’évoque pas les caractéristiques structurelles d’un modèle – comme l’absence ou la présence d’une hiérarchie ou d’une pointeuse – mais une finalité : offrir la liberté d’action et la responsabilité qui va de pair. De pair, car on ne peut pas exiger du salarié d’être responsable d’un résultat s’il n’a pas la liberté du « comment » l’atteindre. Une véritable liberté, et non pas seulement « un peu d’autonomie ». C’est le rôle du « leader libérateur » d’articuler ce concept philosophique dans le contexte humain et culturel de son entreprise en co-construisant avec les salariés un mode unique de fonctionnement. Il n’y a pas de modèle de l’entreprise libérée, ni de méthode pour la construire.

Non, les salariés ne fuient pas les responsabilités

L’entreprise libérée tire son premier regard positif – sur l’homme – des travaux du professeur de management à la Sloan School of Management du MIT, Douglas McGregor. En 1960, il a contesté le regard traditionnel – mais infondé, selon lui – que l’entreprise portait sur l’homme. Notamment l’idée que les salariés auraient une aversion intrinsèque pour le travail et préféreraient être dirigés afin d’échapper aux responsabilités. A la place, Douglas McGregor a offert un regard réaliste – fondé sur la recherche psychologique – de l’homme. En avançant le postulat que les salariés cherchent à avoir des responsabilités, qu’ils sont intelligents et créatifs.

Le 2e regard positif est sur le travail. Lieu de souffrance (tripalium) ou obligation, le travail est vu différemment au sein de l’entreprise libérée : c’est un lieu de satisfaction des besoins psychologiques des salariés, comme l’égalité intrinsèque, la réalisation de soi ou l’autodirection. « La vie bonne », au sens d’Aristote, peut avoir lieu au travail, et pas seulement après celui-ci.

Le 3e regard positif est sur le patron. Nombre de patrons jouissent d’une image positive auprès de leurs salariés en raison de leur intelligence, voire de leur autorité, des performances de l’entreprise ou des conditions de travail offertes aux salariés. L’entreprise libérée offre une dimension supplémentaire. Les salariés apprécient leur patron parce qu’il les aime, pas tant en discours qu’en actes. Ainsi, il ne dicte jamais les solutions mais les sollicitent. Il n’ordonne jamais mais attend que l’action émerge. Il attribue les bons résultats aux salariés et les échecs à lui-même. Enfin, il s’occupe des besoins psychologiques des salariés, tout en s’assurant qu’ils ont les moyens matériels suffisants.

Disparition des grèves

Le 4e regard positif est sur le manager. Nombre de managers sont appréciés par leurs subordonnés. Cependant, le rôle même du manager – ordonner et contrôler – est une des principales sources de stress au travail car il empêche le salarié d’avoir un réel contrôle sur ses tâches. Dans l’entreprise libérée, le manager joue un rôle différent. Leader au service de son équipe, il leur fournit ce dont ils ont besoin – informations, connaissances, outils – pour que tous puissent donner le meilleur d’eux-mêmes. Naturellement, il est apprécié.

Enfin, le 5e regard positif de l’entreprise libérée est sur l’employeur. Les conflits sociaux secouent beaucoup d’entreprises. La situation dans les entreprises libérées est différente. Quand Stéphane Magnan a été nommé P-DG de Montupet (conception et production de pièce de fonderie), son entreprise intégrait 30 jours de grèves dans la planification annuelle de production. Quelques années plus tard, les grèves avaient disparu. Bien sûr, l’entreprise libérée paie des salaires équitables au regard des contributions et du marché du travail. Mais elle le fait non pas pour obtenir « la paix sociale » mais pour éliminer cet obstacle qui l’empêcherait de poser au salarié la seule question qui compte : « Comment souhaitez-vous contribuer à la réalisation de notre vision commune ? » Le sens retrouvé et la satisfaction de ses besoins psychologiques fondent le regard positif du salarié sur son employeur.

Pourquoi maintenant et en France ?

Douglas McGregor avait prédit, en 1960, qu’il ne faudrait que dix ans pour que les principes d’autodirection et d’autocontrôle triomphent dans toutes les entreprises. Pourtant, entre 1960 et 2012, les entreprises qui les ont adoptés ne se sont comptées qu’en dizaines. Pourquoi a-t-il fallu un demi-siècle pour que naisse un véritable mouvement de libération des entreprises et pourquoi majoritairement en France?

D’abord parce que la bureaucratie hiérarchique, idéale pour optimiser les coûts, s’avère incapable de faire preuve de la créativité et de l’agilité qui sont nécessaires face à la demande individualisée et incertaine. De même, elle ne permet pas de développer l’intrapreneuriat qui lui est essentiel pour faire face aux technologies qui ébranlent les activités traditionnelles. Enfin, elle n’attire plus les salariés (surtout les jeunes) qui ne veulent plus être de simples exécutants et veulent avoir à la fois de la liberté et de la responsabilité dans l’action. Ils veulent l’entreprise des pairs, pas l’entreprise du père.

Ces tendances lourdes existent dans tous les pays développés. La raison pour laquelle des centaines d’entreprises françaises sont en train d’abandonner la bureaucratie hiérarchique est double. D’abord, un écosystème a émergé en France pour aider les leaders libérateurs en herbe. Ensuite, la France est probablement le pays qui a le plus besoin de l’entreprise libérée. Selon le baromètre de Gallup, les salariés français sont les moins engagés d’Europe : seuls 9% d’entre eux le sont. Et le rapport sur la Compétitivité Globale du Forum Mondial place la France en 51e position (sur 140 pays) en ce qui concerne « la volonté de déléguer l’autorité dans l’entreprise » et à la 116e place quant à la « coopération dans les relations salariés-employeurs ».

Les salariés de tous les pays désirent trouver un sens à leur travail et assouvir leurs besoins psychologiques. Partant de loin, les salariés français – et leurs patrons – ont peut-être plus soif qu’ailleurs de travailler dans une entreprise aux regards positifs.

Bibliographie :

« Liberating leadership: How the initiative-freeing radical organizational form has been successfully adopted », d’Isaac Getz, California Management Review, Summer 2009, p. 34 (en français dans L’Expansion Management Review, septembre 2010, pp. 63-81)

« L’entreprise libérée : Une philosophie pratique stimulée par un écosystème », d’Isaac Getz et de Laurent Marbacher, dans M. Mack et Ch. Koehler, Entreprises vivantes, 2016, pp. 17-39 (téléchargeable sur www.nouvelles-logiques.info).

Du 13 au 17 septembre se tient la 5e édition du Positive Economy Forum, au Havre. Rendez-vous de l’économie durable, cet événement a pour ambition de participer à l’émergence d’une société positive pour réorienter l’économie vers la prise en compte de l’intérêt des générations futures. Plus de 150 chefs d’entreprise, dirigeants d’ONG, intellectuels et entrepreneurs du changement seront présents pour échanger autour de ces enjeux. 

 

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