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Veille presse de la semaine du 21.07.2014

 

Alerte au conformisme dans la Silicon Valley

Alain Bloch est professeur du CNAM et dirige le master Entrepreneurs d’HEC Paris

Anticonformiste, la Silicon Valley ? Pas tant que ça. Réputée pour ses geeks au caractère bien trempés à la Steve Jobs et ses jeunes pousses révolutionnaires à la Facebook, la région de Palo Alto n’est plus aussi « disruptive » qu’on pourrait le penser. Elle produit aujourd’hui des légions d’entrepreneurs et de start-ups utilisant les mêmes méthodes, reproduisant les mêmes codes et parlant le même langage. Petit florilège de ces nouveaux clichés repérés par Alain Bloch, directeur du Mastère HEC Entrepreneurs, lors d’un voyage d’étude.

Quelques jours passés avec les étudiants d’HEC Entrepreneurs dans la mythique Silicon Valley ont suffi à me convaincre que la convergence si longtemps prophétisée entre l’audiovisuel, le monde des contenus et les technologies de l’information a une conséquence inattendue : l’eldorado des start-ups ressemble de plus en plus à la constellation du star system. Certes, le modèle de la Valley reste unique et fascinant, mais ses dérives hollywoodiennes n’en sont pas moins inquiétantes…

Stars d’Hollywood et héros de la Valley

Comme les stars d’Hollywood, les héros de la Valley partagent des codes (fashion, bien entendu, pas informatiques) très précis : préférez la chemise blanche à col ouvert, fuyez évidemment la cravate, même si vous êtes un «VC » (c’est-à-dire un capital-risqueur, le fin du fin dans ces contrées). Privilégiez le MacBook Air 13 pouces si vous êtes dans la sphère business, Pro 15 pouces si vous êtes dans la sphère tech, et soyez très vigilant ! L’usage d’un ordinateur Windows vous ringardisera à jamais. Utilisez Gmail et Google calendar de préférence à partir d’un terminal Apple (ceux sous Android sont tolérés mais un peu vulgaire), roulez en Tesla et installez vos bureaux sur quelques dizaines de milliers de pieds carrés en plateau ouvert au design épuré, plutôt dans un quartier branché de San Francisco que dans la Valley elle-même, laquelle, sauf à s’appeler Google ou Apple, manque cruellement d’attractivité par rapport à « the City » en cette période de pénurie de développeurs. Dans le hall d’entrée, n’oubliez pas d’exposer, encadré telle une relique, le schéma de votre premier business plan gribouillé sur un coin de table. Accrochez également la photo du garage ou du dortoir d’université où tout a commencé. Vous aurez fait un premier pas dans l’univers impitoyable des success stories « designed in California » …

Un bon storytelling pour « changer le monde »

OK, vous avez le look et les locaux. Il vous faut maintenant un bon scénario et un bon casting, pardon un bon business plan et la dream team adéquate, pour répondre à cette question fondamentale : comment allez-vous changer le monde ? Tout est une question de storytelling. C’est ainsi que le fondateurs d’AirBnB racontent à longueur de conférences et d’interviews comment ils ont eu l’idée, en 2007, d’installer des matelas gonflables (des « air beds » en anglais) dans leur appartement de San Francisco pour accommoder les participants d’une conférence en panne de chambre d’hôtel et arrondir du même coup leur fin de mois. The rest is history… Ce système de réservation de logement chez l’habitant va prochainement s’introduire en bourse après avoir franchi le cap des 11 millions d’entrées, enfin de clients. C’est également grâce à un scénario bien ficelé qu’Hotel Tonight, une simple application de réservation de nuits d’hôtels, a convaincu son producteur, je veux dire ses VC, d’investir 6 millions de dollars pour le premier épisode. Et si vous êtes en panne d’idées originales, vous pouvez toujours opter pour remake d’un grand classique. Square, le « copycat » de Paypal, a le vent en poupe…

Une équipe pour faire le buzz

Plus encore que le scénario, c’est votre dream team qui emportera la conviction, de même qu’au cinéma, ce sont les acteurs qui font le film… Jouez à fond la carte de la diversité : la tête d’affiche asiatique a des adeptes, le Vietnamien comme CTO (Directeur technique) est un must, pour les ventes privilégiez le Libanais ou l’Egyptien, très tendance ces derniers temps. Ne vous privez pas du concours d’acteurs de série B : un ou deux navets, pardon un ou deux échecs retentissant dans votre casting, ne feront pas faire de mal, bien au contraire…. On apprend de ses échecs, n’est-il pas ?

Un mimétisme déroutant

La situation économique de la France permet difficilement à ses ressortissants métropolitains de se poser en donneurs de leçons, mais prenons tout de même le risque ! Ce mimétisme est déroutant : l’innovation disruptive semble aux antipodes de ce panurgisme, qui fait davantage penser à l’univers du luxe qu’à celui des technologies. Si on peut faire le reproche aux start-ups européennes de mal se vendre, voire d’ignorer le b.a.-ba de la démarche marketing, les jeunes pousses californiennes en font probablement un peu trop. Or le risque est connu : des comportements moutonniers sont à l’origine de toutes les bulles spéculatives…

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Y a-t-il une manière chinoise de faire du lean management ?

Le lean management est aujourd’hui indubitablement une des notions de management les plus répandues. Depuis son lancement dans les années 1980, ce système d’organisation du travail visant à éliminer les gaspillages, très utilisé au Japon, en particulier chez Toyota, est passé du statut d’outillage technique à celui de système complet de management. Cette notion n’est plus cantonnée à la production mais s’est étendue à toutes les autres fonctions de gestion : la comptabilité lean ou la finance lean sont des tendances montantes.

La Chine, géant industriel en devenir, est un des pays où les principes du lean font actuellement leur entrée. Alors que l’on peut être tenté de penser que l’introduction du lean management en Chine est une répétition de son introduction en Occident dans les années 1990, celui-ci est sur le point de connaître une évolution inédite.

En effet, à la différence des États-Unis et de l’Europe d’il y a vingt ans, la croissance rapide de la Chine et le fait que le pays considère la construction économique comme une politique nationale ont fait entrer l’utilitarisme dans sa culture et répandent la frénésie de l’enrichissement personnel. En outre, la société chinoise est très diverse, non seulement au niveau régional mais aussi sociétal. Enfin, l’influence de l’État se fait fortement sentir dans l’industrie – en effet, 34 des 40 plus grandes entreprises appartiennent à l’Etat.

Au vu de l’évolution notable de ce concept, nous étions curieux de voir comment l’introduction du lean management en Chine allait faire encore une fois évoluer cette notion. En d’autres termes, y aura-t-il une manière chinoise de faire du lean management ? Afin de répondre à cette question, nous avons directement interrogé plusieurs cadres supérieurs locaux. Nous avons pu identifier quatre facteurs clés qui influencent le lean management dans l’empire du Milieu.

1. L’importance de l’instrumentalisme

Depuis les reformes de Deng Xiaoping en 1979, son fameux slogan, «la science et la technologie sont les principales forces productives», domine dans la politique économique chinoise. Par conséquent, la culture entrepreneuriale partage ces valeurs. Cette vision a réduit le lean management à une boîte à outils, ce qui explique pourquoi les managers chinois sont particulièrement friands de connaître les outils techniques du lean comme le Kanban.

2. La grande diversité d’application du lean management 

Il y a une grande diversité dans la manière dont le lean management est pratiqué en Chine, par exemple entre les entreprises d’Etat et les entreprises privées. « [Grâce au lean], nous créons des retombées positives à la fois économiques et sociales, dont le respect de l’environnement et l’harmonie dans l’entreprise » annonce un dirigeant administratif d’une grande entreprise d’Etat dans l’industrie pétrochimique. Le profit n’est pas le but ultime de cette entreprise, la stabilité sociale est aussi un de ses objectifs, lequel correspond au principe du lean de «respect des personnes». Cela n’est pas le cas dans toutes les entreprises chinoises : «La tendance à traiter les employés comme des machines est moindre mais existe toujours en Chine et met sérieusement à mal l’idée de progrès continu», fait observer un consultant chinois en lean management.

3. La présence effective de « lean spots » plutôt que de « lean supply chains »

Une part significative des partenaires dans la chaîne d’approvisionnement des entreprises chinoises est de petite taille et n’a que des capacités de management de base. « Pour les impliquer, il faut avoir un système bien organisé qu’ils puissent copier, mais nous n’avons pas de tel système pour l’instant » admet le lean manager d’un constructeur automobile chinois. Par conséquent, l’intégration de la chaîne d’approvisionnement est difficile à atteindre, sans parler d’un système de production juste-à-temps.

4. L’épuisement des ressources financières

« Kaizen devrait commencer par ces éléments qui ne créent pas de coûts supplémentaires », affirme le slogan d’une entreprise de lean consulting. Bien que ce slogan entre parfois en contradiction avec les principes du lean, il joue un rôle important pour convaincre les clients que ce concept est avantageux pour eux. En Chine, l’épuisement des ressources financières est un problème sérieux et investir dans un changement qui ne génère que du profit à long terme menace la survie de l’entreprise à court terme.

Et enfin, est-ce qu’il y aura une façon chinoise de faire du lean management ? « Même si le manque de respect envers les employés est un problème sérieux dans de nombreuses entreprises chinoises aujourd’hui, je pense qu’il s’agit d’un phénomène passager», explique le consultant lean. Dans la culture chinoise traditionnelle, la notion d’humanité et de bienveillance, la Ren, un principe majeur du confucianisme, a toujours été importante. Ces dernières années, la société cherche à faire revivre les aspects positifs de la culture traditionnelle.

D’autres avantages importants sont profondément ancrés dans la culture chinoise. Les gens valorisent les liens interpersonnels. Les entreprises occidentales ont tendance à appliquer le principe de «respect des personnes» à travers des procédures et des systèmes ; mais en Chine il est possible d’atteindre ce respect d’autres manières. Les employés peuvent éprouver pour leur employeur une affection qui s’apparente à celle que l’on a pour les membres de sa famille. La notion d’ «entreprise du bonheur» fait son apparition là où l’employeur fait ressentir à ses employés la chaleur d’une famille. Des idées comme celle-ci, qui combinent la pensée lean avec la culture chinoise, peuvent se révéler des idées d’avenir. En revanche, les obstacles face à une adoption rapide sont nombreux et la transformation de la mentalité des dirigeants chinois prendra du temps. Les grandes entreprises chinoises doivent jouer un rôle de premier plan dans l’évolution du lean dans leur pays, en développant leurs propres façons de faire du lean management et en faisant la promotion de leurs succès auprès de toute la communauté entrepreneuriale du pays.

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Le capital-risque investit dans les réseaux sociaux mais… les utilise peu

Moins de 40% des fonds français de capital-risque ont ouvert un compte sur Twitter, selon le cabinet Enderby. Et 20% seulement de leurs patrons disposent d’un compte actif sur le réseau social.

Les cordonniers sont les moins bien chaussés. Bien que les fonds français de capital-risque (ou capital-innovation) se passionnent pour les start-up de l'Internet, leur propre usage des réseaux sociaux demeure très limité. Selon une enquête menée par le cabinet de conseil en communication Enderby auprès de 102 sociétés françaises de capital-risque, moins de 40% (38%, exactement) d'entre elles ont ouvert un compte sur Twitter, le site de microblogging aux 255 millions d'utilisateurs. Facebook et Viadeo, n'en parlons même pas. A noter que LinkedIn tire bien mieux son épingle du jeu, 62% des fonds de capital-risque français disposant d'un compte sur ce réseau social professionnel.

 Reste que deux tiers à peine des fonds de capital-innovation présents sur Twitter et LinkedIn affichent clairement leurs comptes sur leur site Internet. Pis, près des trois quarts (71%) des fonds ont verrouillé l'accès à leur profil sur LinkedIn, et se contentent d'une présentation succincte de leur activité. "Les fonds de capital-risque ont saisi l'opportunité de nourrir leur carnet d'adresses via LinkedIn, tout en choisissant de ne pas s'exprimer outre-mesure", analyse Enderby. Une prise de parole également très réduite sur Twitter, où près de la moitié (44%) des fonds publient moins d'un tweet par semaine.

 Une dizaine de "bons élèves", très actifs sur Twitter et LinkedIn

 Le bilan est encore moins flatteur en ce qui concerne les dirigeants de ces fonds de capital-risque. Seulement 20% d'entre eux ont un compte actif sur Twitter. C'est dire si Xavier Niel, patron de Free et co-fondateur de la société de capital-innovation Kima Ventures, et Marc Simoncini, le créateur de Meetic et du fonds de capital-risque Jaïna Capital, font figure d'exceptions, avec leurs 95.570 et 32.072 "followers" respectifs sur Twitter (au 18 juillet).

 Et encore, avant d'être des capital-risqueurs, tous deux sont des entrepreneurs du Web, d'où leur tropisme naturel vers les réseaux sociaux. Au total, Enderby recense une dizaine seulement de "bons élèves, très actifs sur Twitter et LinkedIn", parmi lesquels figurent Olivier Goy, chez 123Venture, Jean-Marc Bally (Aster Capital), Philippe Collombel (Partech Ventures), ou encore Benoît Bazzochi (SmartAngels).

 Le capital-risque français, deuxième d'Europe en nombre d'opérations

 "Alors que les réseaux sociaux constituent un levier indispensable pour le développement du business (...), la majorité des fonds de capital-risque sous-utilise Twitter et LinkedIn", s'étonne Enderby. Un étonnement d'autant plus légitime que les technologies de l'Internet ont concentré 30% des 445 millions d'euros investis par le capital-risque français, au premier semestre, selon le cabinet EY. Ce qui fait d'Internet le principal secteur d'investissement du capital-innovation hexagonal.

 Lequel s'est par ailleurs arrogé la deuxième place du capital-risque européen, au premier trimestre, avec 15% du nombre total d'investissements, derrière le Royaume-Uni (25%) mais devant l'Allemagne (13%). Une performance qu'il serait dommage de ne pas évoquer sur la caisse de résonance qu'est Twitter, surtout à l'heure où le capital-investissement français veut continuer à dédiaboliser son image.

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Qu’est-ce que nos internets ont en commun ?

Dans le prolongement de l'excellent Mainstream (2010), une passionnante enquête sur le fonctionnement et l'évolution des industries culturelles à travers le monde, le journaliste et sociologue Frédéric Martel (Wikipédia, @martelf), producteur de Soft Power sur France Culture, vient de publier Smart, enquête sur les internets. Et ce livre est tout aussi passionnant que le premier.

Il est passionnant parce que Martel, en nous emmenant avec lui de la Silicon Valley à Shenzhen, de Soweto à Mexico, de Bangalore à Skolkovo, de Tel-Aviv à Beyrouth, Le Caire ou Gaza... fait quelque chose que la meilleure utilisation des services web ne parviendra jamais à faire… Il les matérialise ! Il rend les internets concrets, réels. Derrière leurs fonctions et fonctionnements uniformes, il leur redonne de la diversité. Il donne l'impression de pouvoir prendre la mesure des différences, des hiérarchies, des jeux de pouvoir par exemple juste en décrivant de quelques phrases, l'allure des sièges sociaux des entreprises où il se rend (et il est très éclairant d'entendre parler du "Paternerplex" à côté du Googleplex, où Google héberge des sociétés partenaires, dont nous avons déjà tous entendu mille fois parler, tout comme le fait Facebook sur son propre siège social). Il met des noms, des visages, des stratégies, des descriptions sur l'uniformité numérique par laquelle nous sommes tous aspirés.

Internet, moteur de diversité ?

Le voyage auquel nous invite Frédéric Martel est passionnant parce que la thèse qu'il défend l'est tout autant... Pour lui, assène-t-il tout au long de son reportage, "internet n'abolit pas les limites géographiques traditionnelles, ne dissout pas les identités culturelles, n'aplanit pas les différences linguistiques : il les consacre".

"Car même si nous avons accès aux contenus du monde entier depuis nos ordinateurs et nos smartphones, internet reste très local dans ses usages et s'adapte aux réalités de chaque espace. Il y a des plateformes globalisées, mais peu de contenus. Il n'y a pas d'"internet global" - et il n'y en aura jamais. Loin d'un mondialisme sans frontières, la transition numérique n'est pas une homogénéisation. L'uniformisation culturelle et linguistique ne doit pas être redoutée. La révolution numérique apparaît, au contraire, comme une territorialisation et une fragmentation : internet, c'est un territoire."

Comme une réaction à la globalisation des industries culturelles que décrivait Mainstream, Frédéric Martel veut voir dans les internets, comme il les appelle, du fait de leur diversité, le moteur d'une nouvelle pluralité. Dans son voyage d'un continent l'autre, il tente de montrer que s'il y a des contenus globaux, qui font le tour de la planète, beaucoup d'autres sont fortement territorialisés. Que s'il y a des acteurs incontournables du net, ils ne sont pas tant globalisés que cela, du fait de l'existence de services nationaux ou continentaux concurrents, voire de clones ou de copies...

Certes, "tous les comptes Facebook sont différents : chaque individu y a ses propres amis, y discute dans sa langue et aucune page Facebook ne ressemble à une autre." Mais la personnalisation qui entretient surtout l'homophilie peut-elle faire office de pluralité ? Le développement de communautés certes géographiquement internationales via internet ne sont-elles pas autre chose que les chambres d'échos sociales, que dénonce le chercheur Ethan Zuckerman dans son livre, Rewire ?

Oui, les contenus de l'internet ne sont pas globaux. Comme le soulignait une récente étude de McKinsey Global Institute, qui montrait que si le trafic web transfrontalier a été multiplié par 20 de 2005 à 2013, cette évolution n'est pas au niveau de l'augmentation du trafic total. "La grande majorité des transactions numériques sont toujours domestiques". Si un tiers des flux financiers traversent les frontières, c'est le cas de seulement 17% des flux de données... Certes, Frédéric Martel, nous parle de comment la culture devient de plus en plus riche, sophistiquée et diversifiée avec internet. Il montre que dans la musique, la télévision, les langues, les contenus, la vidéo... la part des productions locales ne se réduisent pas. Au contraire, comme si Internet démultipliait les niches..., mais c'est peut-être mal apprécier les effets superstars au détriment d'une longue traîne, certes, toujours plus longue et vivante, mais foncièrement incapable de venir concurrencer les acteurs dominants. C'est peut-être aussi mal apprécier la capacité de puissance globalisante des plus grands acteurs du Net et de la force d'internet à favoriser les leaders, les positions dominantes, les monopoles, comme nous l'expliquait très bien Nicolas Colin...

L'angle mort d'internet comme système et modèle culturel

Pourtant à tant défendre, avec raison à nouveau, la diversité, la multiplicité des internets, Frédéric Martel semble ne pas vouloir voir combien leurs modes de fonctionnement, eux font système. A voir, les hommes, il oublie combien les tuyaux, les machines, sont partout semblables.

Vidéo : Le designer Timo Arnall signe Internet machine, un documentaire sur les infrastructures invisibles de l’internet, pour révéler la matérialité des serveurs, des câbles et des nuages où notre connectivé est gérée. Des espaces plus sécurisés qu’un aéroport, des machineries assourdissantes, des infrastructures redondantes, des architectures complexes pour gérer les systèmes électriques et hydrauliques pour en assurer le fonctionnement et le refroidissement… Une sorte de version vidéo de Tubes, le livre d’Andrew Blum croisé via Place de la Toile.

A voir les différents services de messagerie, de réseaux sociaux, de micromessagerie..., il oublie combien les interfaces, elles, sont proches et combien finalement tous les services de réseaux sociaux mettent des mondes, certes différents, sous des principes et fonctionnements similaires.

Or, partout où Frédéric Martel se rend semble flotter quelque chose de commun, une culture, une vision du monde que ceux qui font l'internet incarnent d'un bout à l'autre de la planète. Elle s'esquisse tout le long du livre par de petits détails : cet anglais, ce globish (qu'il s'appelle Singlish à Singapour, Spanglish chez les hispaniques des Etats-Unis, Chinglish en Chine, ou Tanglish chez les Tamouls d'Inde), quel que soit la manière dont il est parlé, qui demeure la langue de la "coolitude" partout sur la planète. Cette culture on la trouve aussi dans ces cantines d'entreprises à la mode, que tous les incubateurs et startups copient, offrant non pas partout le même menu, mais le même idéal de menu (café, burger, bagels, salades...), projetant d'un bout à l'autre du monde le même modèle de vie commune (la cantine, cool et gratuite pour ses employés), et derrière, un modèle social et économique commun.

Partout, Martel évoque l'optimisation fiscale et le capitalisme (à l'exemple des sociétés chinoises de l'internet cotées au Nasdaq et immatriculées dans les îles Caïman). Mais également, d'un bout à l'autre du monde, il évoque en creux une certaine vision du travail et de l'individu dans l'entreprise et dans la société. Partout il évoque ces slogans, ces mantras... qui s'affichent en anglais dans les bureaux et qui sonnent comme autant de valeurs communes. Partout cette "ambiance californienne " recherchée à dessein (Wi-Fi, culture du sport, de la jeunesse, des pauses babyfoot ou des jeux de fléchettes...) qui fait ressembler tous les bureaux du monde à un de ces impersonnels Starbucks.

Tout autant de signes qui montrent que des choses ont été assimilées globalement via les internet, au moins des codes culturels. Certes, comme le dit Martel en conclusion "Les villes qui ont réussi à devenir des capitales numériques à travers le monde n'épousent pas forcément, contrairement à ce que l'on croit, le modèle de la Silicon Valley. Elles s'en inspirent certes, mais elles savent aussi s'en émanciper pour s'adapter au contexte local ou se nourrir d'autres modèles." Cela n'empêche pas me semble-t-il que des codes culturels communs se répandent.

Partout, même si leur niveau économique est différent, Martel évoque la montée des classes moyennes qui semblent vivre à côté de la société, que ce soit dans des quartiers privilégiés et ultrasécurisés en Inde, ou au milieu de la contreculture qu'ils pensent incarner à San Francisco, à Recife, à iHub au Kenya en passant par les rêves de Smart City russe. De la liberté qui caractérise autour du monde cette classe privilégiée, incarnée dans la figure modèle du programmeur auquel entreprises et autorités concoctent un espace de vie différent, notamment par le fait d'avoir accès à des choses auxquels les autres n'ont pas accès (connexion, liberté, divertissement). Partout on semble voyager auprès d'une nouvelle élite, pas nécessairement super-riche, mais en tout cas privilégiée. Une nouvelle élite qui se retrouve jusque dans l'uniformité des profils rencontrés : tous sont jeunes - et tout le monde semble donner beaucoup d'importance à ce critère - tous travaillent sans fin, tous ont une passion à côté de leur travail, comme pour matérialiser la réalité de leur existence. Partout, il évoque la "contamination culturelle occidentale"... qui s'incarne dans cette contreculture online et underground, où, à défaut de libertés publiques, on adopte les libertés privées, "le portable et internet".

Partout, Martel évoque cette relation complexe entre innovation et autorités (l'armée, l'Etat), faite d'attirance, de rapport de force, d'aides, de pilotage... ou de défiance. Partout, il nous parle du même capitalisme (voir même du nationalisme qui s'y incarne), de la manière dont on protège son marché ou de sa recherche d'expansion internationale (les deux semblants poursuivre le même but). De la manière dont chacun cherche à protéger son monopole sur les contenus et les infrastructures... Partout il nous parle d'un world wild web qui ressemble au wild wild west. Partout cette croyance, cette idée qui s'instillent que la technologie c'est le développement. Qu'elle va "changer le monde" et que ceux qui la maîtrisent en seront les nouveaux maîtres. Partout il évoque l'opposition entre la discipline et la hiérarchie, le contrôle vertical de l'information, et la nature horizontale et non hiérarchique du web, faisant d'internet à la fois un instrument de libération et de répression.

Alors que Frédéric Martel ne cesse de nous répéter combien l'internet n'est pas global (et, il a raison, il ne l'est pas), il ne cesse de nous montrer combien sa globalité est inscrite dans l'interpénétration de nos différences culturelles. Ou plutôt, ce qu'il ne nous dit pas et qu'on peut lire en creux dans son livre, c'est combien ces services, parce qu'ils utilisent des technologies et des interfaces similaires, agissent sur nos comportements d'une manière assez uniforme, nous rendent semblables les uns aux autres. Partout sur la planète, nous devenons des gens devant des écrans (et de plus en plus avec la même interface, les mêmes systèmes d'exploitation, donc avec des valeurs culturelles intrinsèques embarquées que nous avons tous du mal à identifier). Car en s'intéressant autant aux acteurs, aux puissants, Frédéric Martel oublie peut-être combien l'expérience du net est finalement assez similaire pour les utilisateurs... qu'ils utilisent un service global ou un service local, l'original ou l'une de ses copies.

Partout aussi, il nous parle de censure, sans que les internautes et les services qui la subissent ne la maîtrisent vraiment. Partout, de la Chine à Israël, de l'Inde, de la Russie à Gaza, il nous parle de projets de surveillance massifs de la population via les technologies, qu'il soit d'Etat ou privé, partout il évoque la fin des modes de régulations d'un capitalisme débridé par la technologie... Et partout, les utilisateurs s'ingénient à trouver les moyens de la contourner, de l'obfusquer, de comprendre son fonctionnement ou de tenter de trouver sa cohérence pour le détourner... Partout il montre les "voies inattendues qu'emprunte l'internet pour se diffuser", comme outil d'intégration ultime... Certes, les sites de rencontres mondiaux forment une incroyable mosaïque culturelle qui ne se réduit pas à Match et Meetic, mais cette diversité n'en uniformise pas moins la manière même de faire rencontre sous la forme d'un paradigme de marché.

Certes, "l'internet territorialisé va s'imposer". Certes, le web reflète les différences culturelles et leur permet de s'épanouir... Mais cette territorialisation ne montre pas pour autant qu'une certaine forme de standardisation ou de mondialisation n'est pas à l'œuvre. Certes, "la mondialisation numérique n'est pas un phénomène de déculturation ni de déracinement", mais contrairement à Frédéric Martel, il me semble qu'elle instille partout certaines idées fondées plus sur la promotion des libertés individuelles que collectives, sur l'individu que sur l'égalité, sur les communautés que sur la fraternité.

Le monde que dévoile Frédéric Martel est passionnant et les innombrables services qu'il évoque - et qu'il faut prendre le temps d'aller découvrir en ligne, même si vous n'en parlez pas la langue - aussi. Certes, il semble n'en montrer qu'une partie, mais la pluralité des points de vue qu'il donne à lire permet de relativiser nos certitudes, et montre, en fait, que ce qui fait que l'internet est si divers n'est peut-être rien d'autre que le fait que chacun n'en voit qu'une partie.

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